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Informer pour mieux négocier
Les pays en voie de développement
arrivent déforcés aux grandes négociations agricoles
internationales. C'est particulièrement le cas
des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique
(ACP) qui négocient actuellement un accord de
commerce pour remplacer celui de la Convention
de Lomé. En cause : un manque d'informations précises
et actualisées, la complexité des sujets, de multiplicité
des forums et une faible capacité de communication.
Au cours d'un séminaire de trois jours organisé
par le Centre de coopération technique et agricole
(CTA) à Bruxelles, 140 représentants des pays
ACP et de l'Union européenne ont exploré les voies
et les moyens susceptibles de combler cette lacune.
Les Etats ACP ont besoin coordonner
leurs positions et d'établir une collaboration
plus efficace avec leurs correspondants d'Europe
et d'ailleurs. Ceci exige la mise en place d'une
gestion plus efficace de l'information ainsi qu'une
perception de l'évolution des dossiers liés au
commerce agricole. Pour eux, cette question est
vitale. L'agriculture est en effet leur pilier
économique et social. En Afrique, elle compte
pour un tiers du Produit intérieur brut et représente
jusqu'à 40% des exportations ; elle emploie plus
de 75% de la population active et fournit le seul
revenu de nombreuses familles. Pourtant, les pays
ACP peinent à défendre cet intérêt vital au moment
des négociations commerciales multilatérales.
Ils arrivent déforcés à la table de négociation
par manque d'information sur les mécanismes juridiques
et de financement, ou à cause d'une faible capacité
de communication.
" Nous nous sommes demandés comment
aider les pays ACP à mieux participer à ces négociations
agricoles, explique Carl B. Greenidge, directeur
du Centre technique de coopération agricole et
rurale (CTA). C'est dans ce cadre que nous avons
organisé ce séminaire qui vise à lancer des pistes
au niveau de la gestion de l'information et de
la communication dans et entre les pays ACP. C'est
la première étape d'un long processus. "
Raviver le dialogue interne
L'un des grands problèmes révélés
par ces trois jours de discussions est le manque
de dialogue au niveau national. Aujourd'hui, dans
les pays ACP, trop de négociations sont menées
sans aucune concertation préalable avec les acteurs
de terrain. Les autorités politiques prennent
des décisions sans prendre le pouls des producteurs
et des entrepreneurs. Dès lors, soutenir un partenariat
secteur public-secteur privé est essentiel pour
mobiliser les producteurs lors de la préparation
des négociations. Il est aussi capital que l'information
circule - et surtout qu'elle circule sous une
forme compréhensible - entre tous les acteurs
nationaux. " Les paysans savent ce qu'ils veulent,
expliquait l'un des 130 participants au cours
d'une séance plénière. Mais ils ont rarement l'opportunité
de l'exprimer ". Pourtant, le travail du négociateur
sera plus efficace s'il obtient les informations
des producteurs ou s'il peut s'appuyer sur des
études sectorielles. " Celles-ci s'avèrent de
plus en plus nécessaires avant d'entamer les actions
de lobbying, autre point faible des pays ACP,
" note Gisèle D'Almeida, représentante d'Interface,
un réseau d'entrepreneurs de l'Afrique de l'Ouest
qui vise justement à influencer les décideurs
politiques. " Ceux-ci doivent prendre les bonnes
décisions qui n'handicaperont pas nos entreprises,
" poursuit-elle.
Mais cette information devrait également
circuler en dehors des frontières. " L'information
doit voyager pour attiser la coopération entre
les pays ACP, pour bâtir des alliances régionales,
et pour créer des réseaux, fait remarquer Anthony
Hylton, ministre honoraire chargé du commerce
international de la Jamaïque. Mais le fossé entre
les pays est encore particulièrement important
en terme de communication. " Au cours de ce séminaire,
plusieurs groupes de travails ont pointé la nécessité
pour les Etats de s'allier en fonction de leurs
intérêts communs. A ce titre, le CTA contribue
à faciliter la collaboration interactive entre
les différents pays ACP, notamment par la création
du site portail Agritrade. " Ce portail est un
superbe outil pour transmettre à tous les acteurs,
décideurs et partenaires une information relative
au commerce international des produits agricoles"
note Salvador Namburete, vice-ministre du commerce
du Mozambique.
Ce séminaire aura permis aux représentants
des pays ACP de marquer leur détermination à parler
d'une même voix aux cours des négociations agricoles.
La construction d'une telle position commune semble
vitale s'ils ne veulent plus rester en marge des
négociations commerciales internationales. S'ils
veulent participer unis aux différents forums
de négociations, adapter leur position commune
en fonction en fonction des impératifs internes
et externes, et influencer les résultats de ces
négociations, y compris celui des négociations
commerciales de Cotonou, une gestion efficace
des technologies de l'information et de la communication
jouera - à coup sûr - un rôle capital dans l'avenir.
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