La pandémie VIH/SIDA – une menace pour les communautés rurales et la productivité agricole des pays ACP
Dans le prolongement des premiers efforts menés dans le domaine du VIH/SIDA et à l’occasion de la Journée mondiale de la santé (7 avril 2004), le CTA a organisé à Wageningen un séminaire d’une demi-journée visant à renforcer la prise de conscience des répercussions de la pandémie sur l’agriculture et sur les communautés rurales dans les pays ACP.
Le VIH/SIDA, de même que la malaria, la tuberculose et d’autres maladies contagieuses, touche la plupart des pays ACP, y aggravant la pauvreté. Bien que des efforts considérables aient visé l’épidémie, elle n’est pas jugulée. Elle est encore loin de montrer des signes de déclin et menace tous les efforts de développement des décennies passées .
L’Afrique sub-saharienne est la région du monde la plus touchée par le VIH/SIDA. On estime à 26,6 millions les porteurs de VIH/SIDA et quelque 3,2 millions de nouveaux cas y sont apparus en 2003. Alors que les taux de contamination en Afrique sub-saharienne varient considérablement, allant de moins de 1 % en Mauritanie à près de 40 % au Botswana et au Swaziland, l’épidémie montre que par son ampleur le VIH/SIDA a dès à présent une solide emprise sur la plupart des pays de la région. Des projections annoncent 55 millions de morts supplémentaires d’ici à 2020 pour la seule Afrique sub-saharienne. Bien que moins touchés pour l’instant, les pays des Caraïbes et du Pacifique commencent eux aussi à ressentir les contrecoups de la pandémie.
Non seulement les coûts du SIDA, du point de vue de la souffrance humaine et des vies perdues, sont indéniablement élevés, mais une étude récente (Bell et al., 2003) établit que les effets macro-économiques à long terme du VIH/SIDA pourraient entraîner l’effondrement économique complet des pays les plus touchés. Des estimations montrent que si rien n’est fait, le revenu par famille en Afrique du Sud d’ici 2050 pourrait être réduit de plus de la moitié par rapport à 1990.
La pandémie s’étend des grandes villes vers les zones rurales. A l’origine, l’épidémie de VIH/SIDA a été essentiellement un problème urbain, touchant davantage les hommes que les femmes, et les personnes à revenus relativement élevés. Actuellement, l’épidémie s’est rapidement déplacée vers les zones rurales, frappant ceux qui sont le moins bien armés pour y faire face. Aujourd’hui, 95 % des hommes qui vivent avec le VIH/SIDA – et qui en meurent - se trouvent dans les pays en développement. L’écrasante majorité est formée des pauvres ruraux, et parmi eux les femmes figurent hors de toute proportion. ( http://www.fao.org/hivaids/).
Le VIH/SIDA et l’agriculture
Bien que l’attention portée au VIH/SIDA se soit souvent polarisée sur le secteur de la santé, la maladie a eu des effets désastreux sur l’agriculture des pays en développement. Dans les plus atteints, jusqu’à 80 % de la population dépendent entièrement de l’agriculture pour leur subsistance. Le VIH/SIDA frappe au premier chef la population active, vidant les régions touchées de leurs agriculteurs et de leurs producteurs de produits alimentaires, et décimant le secteur agricole pour les générations à venir (http://www.fao.org/sd/2003/PE07023_fr.htm).
La F.A.O. estime que 7 millions de travailleurs agricoles ont été tués par la pandémie et que 16 millions de plus pourraient mourir d’ici 2020. Dans les 9 pays d’Afrique les plus touchés, le SIDA réduira selon les estimations la population active agricole pour la période 1985-2020 de 26 % pour la Namibie, 23 % pour le Botswana et le Zimbabwe, 20 % pour l’Afrique du Sud et le Mozambique, 17 % pour le Kenya, 14 % pour le Malawi et l’Ouganda, et 13 % pour la Tanzanie.
Le secteur agricole subit des modifications d’une autre manière aussi: des foyers vendent leurs actifs productifs (terres, bétail, outils et machines) pour régler frais médicaux et d’obsèques; un plus grand nombre de personnes à charge dépend d’un plus petit nombre de membres productifs de la famille pour leurs revenus et leur nourriture; connaissances et savoir-faire sont perdus avant d’avoir pu être transmis à la génération suivante. Tout ceci se traduit par une baisse de la productivité, une moindre diversité des systèmes d’exploitation, une diminution de la sécurité alimentaire, une dégradation de la situation nutritionnelle, et une plus faible durabilité dans l’utilisation des ressources.
Les femmes
L’inégalité des genres est l’une des forces qui sous-tendent la propagation du VIH. Dans de nombreux endroits, les taux d’infection par le VIH sont trois à cinq fois plus élevés chez les femmes jeunes que chez les hommes jeunes.
Cette disparité peut s’expliquer en partie par des facteurs biologiques, qui rendent les femmes plus vulnérables au VIH, en particulier pendant leur jeunesse et leur adolescence. Toutefois, cela reflète aussi nombre de facteurs culturels en vigueur : les hommes sont plus dominants, ils ont tendance à choisir des femmes plus jeunes, et la tradition comme les pressions sociales freinent les femmes dans l’expression de leurs désirs en ce qui concerne leur sexualité, le choix de leurs partenaires sexuels et leur aptitude à revendiquer des rapports protégés. Tous ensemble, ces facteurs augmentent les risques pour les femmes de contracter le VIH. La pauvreté en est un autre qui en contraint beaucoup à un travail sexuel, ce qui les met en grand danger de contracter le VIH et de le transmettre à leurs partenaires. Dans plusieurs pays ravagés par une épidémie généralisée de VIH, comme le Cameroun, le Centrafrique, la Guinée équatoriale, le Lesotho, et la Sierra Leone, plus de 80 % des femmes jeunes entre 15 et 24 ans ne sont pas suffisamment informées sur ce fléau.
Les inégalités dues au genre rendent aussi les femmes plus sensibles aux effets de l’épidémie de VIH/SIDA. Les corvées domestiques qui accablent les femmes rurales ont tendance à s’alourdir, car ce sont souvent elles qui dispensent les soins lorsque des membres de leur famille sont malades. En outre, l’accès aux ressources productives, notamment la terre, le crédit, la formation et la technologie, favorise fréquemment les hommes.
Les jeunes
Plus de 40 % de la population infectée en Afrique sub-saharienne est âgée de 15 à 24 ans et la moitié des nouvelles contaminations – plus de 7000 par jour ! – touche les jeunes. Une telle vulnérabilité tient à un comportement sexuel à risque et à un manque d’accès aux services d’information et de prévention sur le VIH. En dépit de la propagation de l’épidémie dans l’ensemble des pays de l’Afrique sub-saharienne, de nombreux jeunes de la région ne savent toujours pas comment se protéger du VIH. Les rapports sur le niveau d’information correcte relatifs au VIH/SIDA parmi les jeunes sont stupéfiants: en effet, la moitié des jeunes adolescentes de l’Afrique sub-saharienne ne se rend pas compte qu’une personne qui paraît en bonne santé peut être porteuse du VIH/SIDA (Forman, 2003).
RÔLE DÉTERMINANT DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION
« 40% de la santé consiste en l’échange d’informations » (O.M.S.)
- Le silence et les démentis restreignent considérablement chez les individus et les communautés les plus exposés l’efficacité de la communication et la disponibilité de l’information sur la maladie ;
- Une communication plus efficace sur la maladie et un flux d’informations plus important sont essentiels au succès des stratégies contre le SIDA et à la diminution de la vulnérabilité.
Les TIC permettent :
- De fournir des informations et de triompher de la désinformation qui aboutit au silence, au désaveu, à la honte et à la discrimination ;
- L’existence de groupes de défense et de pression, la mobilisation, la mise en réseau et l’édification de la capacité ( pleins pouvoirs donnés aux organisations locales) ;
- D’offrir des méthodes de substitution pour la communication où la liberté d’expression est limitée
- De changer les attitudes et les comportements ;
- De viser la prévention par l’éducation des groupes à haut risque – éducation à distance.
DÉFIS À VENIR
- Tous ces efforts nécessitent un accroissement des dépenses de santé et la mise en place dans les pays ACP de systèmes de santé publique efficaces ;
- Pays en développement et pays développés doivent augmenter leurs investissements consacrés à la recherche et au développement pour prévenir, soulager, traiter et guérir les malades du VIH/SIDA et d’autres affections liées à la pauvreté telles que le paludisme et la tuberculose ;
- La promesse faite il y a longtemps par les pays développés de consacrer 0,7 % de leur PIB à l’aide au développement devrait être tenue. La communauté internationale devrait surveiller les niveaux de l’aide au développement et faire pression, le cas échéant ;
- Un renforcement de la collaboration et du partenariat aux niveaux régionaux et internationaux (Nord/Sud et Sud/Sud) est indispensable ;
- Un dialogue plus poussé entre les divers secteurs (santé, agriculture, commerce) et les acteurs(secteurs public et privé, notamment les industries pharmaceutiques, les groupes de la société civile, les groupes touchés, les chercheurs) s’impose.
Références:
Bell , C., S. Devarajan and H. Gersbach, 2003. The long-run economic costs of AIDS: theory and an application to South Africa . University of Heidelberg / The World Bank. Online at http://www1.worldbank.org/hiv_aids/docs/BeDeGe_BP_total2.pdf
Forman, L. 2003. HIV/AIDS, Information and Communication in Africa.
APC Theme Discussion Paper. http://www.apc.org/francais/rights/africa/research_reports/HIV.pdf
Pour plus d’informations sur le VIH/SIDA et ses effets sur les communautés rurales dans les pays ACP, voir reader (
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